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On voulait, au début, tenter de comprendre en eux-mêmes et pour eux-mêmes les ressorts de l’incroyable puissance militaire des États-Unis dans le monde contemporain. Qu’aura-t-on pu apprendre sous ce rapport ? À notre sens, deux choses.

Premièrement, l’aspect matériel - le nombre de tanks, d’avions, les budgets apparemment illimités -, bien qu’impressionnant, cela n’a jamais été nié, n’explique rien en soi d’une part et, d’autre part, ne signifie pas que l’hypertrophie militaire des États-Unis dans le monde contemporain soit quelque chose que l’on doive obligatoirement subir, accepter comme allant de soi, comme si elle était dans la nature des choses. Le problème paraît essentiellement d’ordre intellectuel : personne, à ce jour, n’a été capable de représenter, de concevoir, de penser rationnellement le monde de l’après-URSS sans le déploiement militaire mondial américain. Le noeu du problème est là. Les États-Unis peuvent faire la pluie et le beau temps partout où ils le désirent aujourd’hui parce qu’ils disposent d’un réseau de bases à l’étranger, et, s’il en est ainsi, c’est parce que la théorie du chaos ne rencontre aucune opposition. Cela n’a rien à voir avec l’aspect matériel et n’est nullement inscrit dans la «réalité objective».

Deuxièmement, un autre préjugé enseigne que l’omnipotence américaine aujourd’hui est la résultante d’un «complot ‘impérialiste’ de droite» qui pousse au gonflement toujours plus poussé du complexe militaro-industriel. On pense avoir bien illustré que cette histoire doit être prise pour ce qu’elle est, une fable, une légende urbaine. Ainsi, dès la fin des années 80, alors que le communisme n’était pas encore froid, la nation américaine fut sondée par ses autorités constituées sur la question du rapatriement ou non des GI. Habituellement si fluide et difficile a saisir, l’Opinion, en cette occasion, a accouché de rien de moins qu’un diktat : il était hors de question de continuer à payer pour le stationnement hors frontière des soldats : dorénavant, les États hôtes devraient en assumer la majeure partie des coûts. Comme le temps n’a nullement entamé cet état d’esprit, il a muté en loi constitutionnelle : depuis 1996, le Burdensharing Amendment oblige le Président a ordonner l’évacuation en cas de refus de paiement. Or, depuis, tout ceux qui devaient payer payent scrupuleusement, rubis sur l’ongle et sans faire de difficultés. Pourquoi ? Il est impossible de répondre positivement à cette question dans l’état actuel de la connaissance, mais quelle qu’en soit la raison, il semble évident, pour autant que l’on soit concerné, que cela a beaucoup plus à voir avec la théorie du chaos qu’avec un quelconque «complot ‘impérialiste’ de droite orchestré par les bailleurs de fonds du complexe militaro-industriel».

Un autre objectif de cette démarche était de questionner, d’interroger et de remettre en cause la légitimité du déploiement militaire mondial américain. Que peut-on en dire à ce stade ? Deux choses, il semble. Premièrement, on pense pouvoir affirmer qu’il n’est effectivement rien d’autre qu’un construit de l’esprit humain et qu’à ce titre, il peut faire n’importe quand l’objet d’une discussion. Deuxièmement, on pense aussi pouvoir affirmer que le sujet recèle une complexité infiniment plus grande qu’il n’y paraît de prime abord. Bien sûr, toute personne «raisonnable» conviendra sans peine qu’il est ni «normal», ni «logique» que l’Armée US, aujourd’hui, soit déployée aux quatre points cardinaux, comme si l’Allemagne nazie ou l’URSS existait encore. Cela, en soi, ne fait aucun «sens». Toute personne «raisonnable» conviendra sans peine que si une infrastructure militaire internationale était vraiment quelque chose d’absolument nécessaire aujourd’hui, elle devrait relever de l’ONU. Pourtant, on a vu que ce débat a déjà eu lieu aux États-Unis. Des stratégistes compétents, appuyés sur 40 % de l’opinion publique, n’ont pas, jusqu’à aujourd’hui, été en mesure de faire prévaloir ce point de vue qui semble pourtant si évident. Il en ressort, à notre sens, que la possession par Washington, et Washington seule, d’un réseau de bases à l’étranger, est en soi éminemment contestable, mais que toutes les entreprises s’étant fixés pour objectif de mettre fin à cet état de choses se sont heurtées tôt où tard dans leur progression à des problèmes théoriques (doit-on dire « philosophiques » ?) qui sont demeurés insolubles à ce jour.

 
 

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